Le troll, nouvelle figure du web

Les amateurs d’heroïc-fantasy, les rollistes notamment, ceux de Warhammer ou des Terres du Milieu (adaptés de l’oeuvre de J.R.R.Tolkien), les afficionados des jeux vidéo également, reconnaissent le troll comme une créature apparentée aux Ogres et somme toute vraiment laide, sa haute taille (plus de trois mètres) ne lui rapportant rien en matière de beauté.
Sur la toile, ce monstre existe, on peut le rencontrer.
Qui est-il, comment vit-il, comment se reproduit-il ?
Dans le jargon en ligne de Linux-france on trouve la définition suivante :
« Un Troll est donc sur l’Usenet [les newsgroups], soit (1) un sujet qui fâche (par exemple : « Mac ou PC ? »), soit (2) un individu qui persiste à lancer des discussions sur des sujets qui fâchent. »
Cette définition reste à développer, car les sujets polémiques ne sont pas nécessairement des sujets à trolls. Il y a peu de sujets qui ne fâchent pas. On rencontre en effet des trolls en dehors de l’Usenet.
Repris de cet excellent site, voici une étude de l’étymologie du mot.
« L’origine du terme « troll », sur l’internet, se perd dans la nuit des temps, et constitue d’ailleurs un excellent sujet de débat pour les trolls. En règle générale, on utilise l’étymologie anglaise du terme dans la description objective du comportement, et l’étymologie mythologique pour son aspect imagé. Mais tout bon troll se doit de connaître quelques autres origines, s’il veut passer pour un troll savant.
jötunn, urs, tröll
Le Géant en vieux norrois est jötunn (eoten en vieil anglais). Les Géants habitent Útgarr (« monde extérieur », « espace situé en dehors »), par opposition à Ásgarr (« demeures des Ases », des dieux) et Migarr (« demeure du milieu ») où habitent les hommes. Ils ont un rôle central dans la mythologie nordique (cosmologie, généalogie, etc.) et sont une menace permanente aussi bien pour les dieux (les Ases et les Vanes) que pour les hommes. C’est pourquoi le dieu Ase órr (Thórr) les chasse. Il est bien équipé à l’aide de sa ceinture de force, un gant de fer et son célèbre marteau (Mjöllnir) [1].
úrs, tout comme tröll désigne les géants malfaisants et démoniaques. C’est également le nom d’une rune qui produit un effet maléfique ou bénéfique : séduire les femmes [2].
Le mot tröll désigne exclusivement le géant en tant que monstre hostile, et à partir du moyen âge des esprits maléfiques particuliers. Notamment, ils sont associés au pouvoir de provoquer des maladies. On trouve également une sorte de lutins, le hudrefolk, qui intervient dans les légendes d’enfants incubes.
Le géant entendu en ce sens est donc une créature sale, poilue, laide, stupide et surtout bruyante. Malfaisante et violente donc, mais assez facile à vaincre à cause de sa bêtise. Voilà qui donne une image sympathique du bon gros pénible qui va troller dans les forums de discussion…
Cependant un troll dans un forum de discussion, car c’est avant tout l’usage qui nous intéresse ici, provoque au contraire des dégâts : pollution du forum par une saturations de messages, oubli de la discussion (au cas où le troll ne soit pas initiateur du sujet de discussion) et finalement impossibilité de poursuivre.
to troll
To troll, en anglais, consiste à pêcher à la cuiller (on apprendra d’ailleurs que la cuiller est un leurre métallique de forme creuse et incurvée). Par passage sur l’internet, il s’agit de poster des messages ineptes (des leurres) en espérant obtenir d’autres messages. Certaines sources indiquent que le terme dériverait de to trawl, pêcher au chalut ou à la traîne. Dans certaines FAQ anglophones, on explique ainsi que troller équivaut à partir à la pêche aux messages incendiaires (« fishing for flames »).
Étymologie pour bon gros troll
On pourra avantageusement poursuivre cette analyse passionnante de l’étymologie en évoquant d’autres origines…
Le lecteur pourra se rendre sur langue-française, et découvrira par exemple que le verbe troller existe en ancien français. Troller, v. n. Terme de vénerie, quêter au hasard (in. Lexique de l’Ancien Français, Frédéric Godefroy, Paris, Honoré Champion, 1994). Un autre intervenant de ce site indique que le verbe « trôler », en français, serait issu du latin populaire trahere (« suivre à la trace ») et signifierait « aller de ça, de là », « mener, promener de tous côtés » et encore « tenir des propos inconsidérés ».
Le présent article tournant résolument au gang bang sur colléoptères, n’hésitons pas à signaler une autre étymologie possible (fournie par le Lexique des termes employés sur Usenet) : passant du scandinave au hollandais, puis du hollandais au français, le « tröll » serait devenu le « drolle », un être malfaisant jouant des tours, mais que l’on ne pouvait prendre au sérieux. Finalement, le sens et l’orthographe se sont fixés sur la version « drôle » que nous connaissons désormais.
Signalons encore l’allemand : Troll (Kobold) lutin ; et la forme verbale sich trollen : décamper, déguerpir, détaler [3]. »
Comportements du troll
Le troll est en général réactionnaire ou anarchiste, vulgaire, bête et provocateur. Il manie l’insulte facilement, adore foutre la zizanie, n’apporte rien au débat, pollue par des messages sans intérêt qui mettent en colère le taulier et les comparses d’un blog.
Le troll par définition s’ennuit, reste un être asocial qui surfe sur le web à la recherche de provocations qui soulageront ses pulsions aggressives.
Le troll est toujours anonyme car il est plutôt lâche, il est solitaire et insomniaque, il tourne en rond dans sa cage. Il s’agit en fait d’un déchet social qui rêverait d’avoir des copains sur la toile, mais ses pulsions l’en empêchent radicalement.
Le troll se reproduit virtuellement, son exemple en appelle d’autres, qui telles des mouches, polluent des discussions en cours.
Le troll est le résultat de la solitude sociale de notre société, transformant les trolls anecdotiques en serial trolls, individus virtuels hautement dangereux, encore plus que ne peuvent être des hackers ou des openistes pénitents.



@Nicolas Techniques de trollage : idée de billet
Tiens ! J’adore troller dans des domaines que je connais assez bien (donc où je bosse : la banque, et plus précisément la carte). Pas plus tard qu’hier, j’ai joué au troll sur un compte facebook (celui d’un copain) : le taulier se plaignait qu’il avait été fraudé (1500 euros de paiement frauduleux) comme si c’était de la faute de la banque. Je l’ai donc remis en place.
Si ça n’avait pas été un copain, je l’aurais fait de manière à faire tourner le gugusse en bourrique… C’est assez facile, il suffit de rétablir les vérités les unes après les autres, en le laissant répondre à chaque point.
Petit 1 : tu lui dis que ce n’est pas de la faute de la banque mais du commerçant.
Petit 2 : il te répond un truc mais tu lui réponds que ça ne serait pas arrivé s’il n’avait pas fait une connerie avec sa carte.
Petit 18 : tu lui demandes ce qu’il en a à cirer vu qu’il est remboursé.
Petit 43 : tu lui dis qu’il peut toujours rendre sa carte à sa banque voire quitter sa banque et prendre un livret A à La Banque Postale.
Petit 50 : tu récapitules tous les arguments.
Disp,
Oui.
Prends Didier Goux, par exemple, je ne le considère plus comme un troll mais il a eu, pendant un temps, un comportement typique de troll. Il ne l’est probablement plus parce qu’il a pris du recul, peut-être grâce à notre relation.
Par contre, je pourrais t’en citer un paquet. Ils viennent d’ailleurs de chez Didier Goux et ne se rendent pas compte qu’ils ont un comportement de trolls quand ils sont chez moi.
De même, il m’arrive de « troller » des blogs centristes ou Front de Gauche mais volontairement (je ne suis donc pas un vrai troll) pour exaspérer un type qui va s’enfoncer dans ses contradictions. Et je ne suis pas anonyme (outre que mon nom est connu, je suis le taulier de PMA).
@Nicolas Tu as des exemples ? Merci
Non, le troll n’est pas nécessairement anonyme…
(bon billet pédagogique cela dit).