Les 5 étapes de la vie d’un blogueur

1. L’illusion influente
L’enthousiasme des premières heures de bloguage donne de bonnes sensations. Tel de jeunes paons, les blogueurs naissants améliorent le look and feel de leur création, postent des textes ravageurs et provocants, attendent des commentaires erratiques, s’imaginent comme de grandes stars du web 2.0, dominants leur cercle et emportant le mental de followers asservis. Erreurs de jeunesse, tout cela mais étape obligatoire. Le passage de la 1241ème place à la 965ème donne des sensations, traversent l’échine,… Il faut bien que jeunesse se passe.
2. La désillusion quantitative
C’est au bout d’une gestation, après tant d’énergie dépensée, le constat reste coi. Car, la réalité est dure à affronter, car l’atteinte de 50 visiteurs / jour, d’un taux de rebond très élevé, et d’un passage de 2 secondes en moyenne est vécue comme une punition punitive et injuste. Mais, voilà, il faut bien se confronter à la dure réalité du web, au zetabytes infinis, nous ne sommes rien dans la fibre optique sidérale. C’est un retour à la dure réalité de la non influence.
3. La transformation sociale
Heureusement qu’à ce stade, on se retrouve connecté avec quelques addictés éminents, qui vous redonnent en réalité ou en virtualité quelques énergies à blogguer. Sans cela, c’est à dire sans réelle communauté, cette étape peut terminer en une mort lente d’un blog. L’énergie des autres, immortalisée dans des commentaires, liens et Retweets donnent une nouvelle jouvence au blogage. C’est une étape de transformation d’une activité numérique en un lien social. Heureusement d’ailleurs.
4. L’addiction rampante
C’est aussi à ce moment là que l’addiction prend sa place. Car après 18 à 24 mois de blogages intensifs, on se retrouve à avoir besoin de blogguer de plus en plus, sans raison ni objectif si ce n’est celui de publier des textes plus ou moins longs à titre gratuit et à destination d’inconnus. Période aussi d’essoufflement, parfois de perte d’énergie totale comme un junkie en manque de dose. Arrêter à ce stade est une décision sans cesse repoussée, car à quoi aurait servi toute cette créativité cumulée. Il y a aussi une accentuation sur la réalité et la qualité du texte.
5. La maturité finale
On devient un caïd du blogage, le style est épure, plus de gadget, moins de widgets. De jeunes blogueurs vous draguent pour du backlinck de rétrocession, la plume est acérée, les commentaires bien contrôlés, c’est du tout bon. Reste que l’objectif est indiscernable, c’est toujours une activité sans but qui a assailli la vie du blogueur. Cela en valait-il vraiment le coup ?



Je ne savais pas que tu me connaissais aussi bien !!! Bravo, beau et sympathique billet.
@romain blachier
Merci. il faut positiver.
Quand je regarde dans le retro, oui les rencontres, oui les discussions, la création de nouvelles compétences ,oui cela a valu le coup;
excellent billet je diffuse !
Jolis coms qui me font réfléchir.
Belle description !
Très très bien dit. Vrai, c’est très souvent les sensations que l’on ressent. Puis la camaraderie se transformant en réelle amitié qui se développe.
Je ne peux dire que je suis blasé. Je ne peux dire non plus que j’influençais quoi ou qui que ce soit, d’ailleurs j’en aurais pas trop aimé l’idée.
De toute façon, eut le temps de rien. Je viens de sucrer accidentellement mon blog. Il nous dit adieu disparaissant de l’au-delà.
Ça qui fait drôle, comme la quasi-perte d’un être, ou d’un monde parallèle à soi. Presque comme sa propre disparition, finalement.
Très juste billet.
Oui, c’est presque une « activité sans but » ou pour être plus précis sans autres buts que 1. d’être aimé (sans en rajouter) 2. d’opérer des métamorphoses successives – via l’écriture rageuse – pour ne pas mourir.
Caïd du blogage ?
Encore faudrait-il régner sur une Petite Communauté ! J’ai appelé mon blog « Pensez BiBi » pour dire qu’il ( me) fallait « penser singulièrement »… ce qui élimine toute possibilité de faire Corps avec une Majorité.
Mon expérience vient de ce que je ne suis pas vraiment tout jeune. J’ai débuté mon blog, la cinquantaine passée. Et j’ai eu un ou deux coups de main sans l’avoir – du tout du tout – cherché. Je suis à environ 350 personnes par jour et j’ai cette petite fierté de croire qu’avoir écrit 1000 articles en 3 ans et demi y est pour quelque chose. De la fierté, pas de la vantardise.
Ecrire, mettre en ligne font nécessité. Nécessité de quoi ? Je ne veux pas trop y voir clair là-dessus. Ne pas trop expliquer ce qu’on fait, ce qu’on veut faire, comment on le fait. Ne pas se laisser intimider par le Surmoi, ce Censeur tout proche. Faire ce qu’on a à faire… et puis c’est tout. Le lecteur qui fait 50% du travail jugera.
Toujours est présente cette pulsion qui prend forme, forme de lettres, de frappes sur le clavier, de phrases, de rage et de self-control.
A la fin, une question « finale »(pas forcément la tienne car la tienne supposerait qu’on recherche le succès à tout prix) mais une question posée sur un ton aussi joyeux que mélancolique : Bloguer ? A quoi bon ?